L’objet d’étude de l’Icres porte sur les raisons de la déchristianisation. Celle que nous examinons dans le présent article est l’abandon de la
morale par le management. Sans morale, il n’y a ni bien ni mal. Or, sans bien ni mal, la question du salut n’a pas de sens Le monde du travail est le lieu où prévaut le pragmatisme et
l’utilitarisme. C’est pourquoi de telles pratiques passent – à tort - pour légitimes. Puis la raison pragmatique amorale s’exporte à la société toute entière par le fait que l’économisme, supposé
scientifique, est une des croyances idéologiques de notre société.
L’illusion éthique dans le management
Notre étude ne se place pas sur le plan des entreprises, qui font ce qu’elles peuvent et que nous
ne jugeons pas. Nous n’examinons pas non plus les hommes d’entreprises qui eux aussi font ce qu’ils peuvent et que nous ne jugeons pas non plus. Nous jugeons les théories et l’influence des théories.
Même s’il convient de distinguer et de nuancer au cas par cas, nous devons nous rendre à l’évidence : la disparition de la morale concerne tous les courants de
management. Dans un rapide survol, examinons l’univers du « tout technique » d’inspiration tayloriste. Jetons ensuite un regard sur le management actuel : quelle sorte d’éthique proposent les
petits livrets de code éthique, gratuitement distribués au personnel de ‘grandes’ entreprises’ ?
Quelles que soient les protestations éthiques officielles, la planète management reste bien étrangère aux préoccupations chrétiennes. La prétendue éthique
managériale méconnaît bien des problèmes qu’on aimerait pourtant voir étudiés : délocalisation, changement brusques de technologies etc.
L’univers tayloriste surdéterminé.
Prenons le cas d’une demande de congé émanant d’un technicien du service maintenance. Le responsable des ‘ressources humaines’ ouvre le règlement intérieur, examine
la date à laquelle la demande a été déposée, le délai de réponse dont il dispose. Il s’enquiert des ‘droits du salarié’ définis d’après une série de critères précis qu’il examine un par un. Tout
est prévu dans le règlement. La décision ne fait aucune difficulté. La relation entre le responsable des ‘ressources humaines’ et le collaborateur est mécanique, automatique, programmée d’avance,
administrative, impersonnelle.
Les décisions morales sont d’un autre ordre. Elles exigent qu’on discerne la valeur des intentions personnelles et des projets collectifs. Elles évaluent l'objet de
l'action sous l'angle du bien et du mal, Elles forcent à évaluer les situations et leurs enjeux, afin d’établir des hiérarchies d’importance avant d’arrêter une décision qui ne peut qu’être
personnelle, avec tous les risques d’imprévus, d’erreurs et de critiques justifiées ou non. Or, les procédures et les règlements exonèrent de tout ce travail, de cette réflexion et de cette
appréciation morale.
Le rêve porté à travers les procédures consiste à libérer tous les acteurs des difficultés inhérentes aux décisions morales. Il consiste à ramener la responsabilité
humaine, variable selon les situations et difficile à définir, à une procédure officielle qu’il convient d’appliquer. On escompte un gain en temps, plus de régularité, plus d’impartialité. Mais
dans le même temps, cette libération de la décision morale détruit le trait constitutif et naturel de la condition humaine à savoir : le lien unissant les décisions avec leur dimension
morale.
La conséquence immédiate, partout constaté, partout déplorée est la dépersonnalisation des rapports humains dans l’entreprise. Trop de procédures, trop de
règlements restreignent la responsabilité, l’initiative, et les pouvoirs. Les relations deviennent mécaniques. Cette dépersonnalisation engendre l’anonymat, la solitude, l’ennui, le désengagement
(parfois la triche), la baisse de productivité et enfin l’inquiétude. Une méfiance générale s’installe. Dès lors, chacun, dans sa fonction, va s’employer à diminuer l’incertitude en recherchant
de nouvelles garanties au travers de nouvelles procédures, de nouveaux contrôles et de nouveaux règlements. C’est un cercle vicieux. L’échec du taylorisme est patent : l’homme qui croyait s’en
sortir à bon compte en remplaçant la morale par les procédures, ne s’en sort plus. Pour quelles raisons ?
Sans morale, il n’y a plus d’homme
Les procédures et les règlements ne peuvent garantir la vie sans péché. L’homme qui voulait édicter des règles propres à régenter les êtres et les choses sur un
mode « objectif » doit convenir de son erreur : la procédure technique disconvient aux relations humaines. Nous restons toujours confrontés au choix entre le bien et le mal, et ce, dès notre
premier contact avec autrui. La dimension morale est essentielle à la relation humaine. En conséquence, nous devons respecter notre nature d’homme, notre condition d’être moral.
Les atmosphères délétères et tyranniques qui résultent des systèmes dépersonnalisés disent combien reste illusoire la tentative de greffer, à la place de la
conscience, une prothèse procédurale quelconque. On ne peut s’amputer de la morale. C’était l’idée de Pie XII lorsqu’il déclarait : « La conscience est comme le noyau le plus intime et
le plus secret de l’homme. C’est là qu’il se réfugie avec ses facultés spirituelles dans une solitude absolue : seul avec soi-même ou mieux, seul avec Dieu – dont la voix se fait entendre à la
conscience – et avec soi même. C’est là qu’il se détermine pour le bien et pour le mal ; c’est là qu’il choisit entre le chemin de la victoire ou de la défaite. Même s’il le voulait, l’homme ne
réussirait jamais à s’en débarrasser ; avec elle, soit qu’elle l’approuve soit qu’elle le condamne, il parcourt tout le chemin de la vie, et avec elle encore, témoin véridique et incorruptible,
il se présentera au jugement de Dieu. »
La morale ne consiste pas non plus à ériger la conscience en juge suprême
Certes, la conscience morale reste insuffisante pour discerner infailliblement le bien du mal. Il y a trop d’ambivalence, trop de pour et de contre, trop
d’incertitudes pour que le problème soit simple. Outre le fait que l’intelligence de l’homme est souvent obscurcie, ses connaissances limitées ou entachées d’erreurs, sa volonté se laisse
emporter par les passions et se détourne du bien par malice. C’est pourquoi l’homme ne peut se fier sans réserve à sa conscience . Pour s’aider, il doit avoir recours à l’expérience des autres,
aux coutumes, souvent issues de la sagesse, à la loi civile qu’il doit suivre à moins qu’elle aille contre la loi naturelle. Les hiérarchies sociales servent également à guider les hommes vers le
bien commun, ce qui veut dire que l’obéissance aux autorités légitimes pallie les insuffisances de la conscience personnelle.
Faux problème : faut-il écouter sa conscience et risquer de s’enfermer dans une subjectivité qui finit par nier la loi morale, transcendante, valable
universellement et en tout temps ? Ou bien faut-il refuser de prendre la conscience pour guide et lui substituer, comme le fait l’entreprise, des codes, des règles, des procédures qui
dépersonnalisent les relations et finissent par déresponsabiliser l’être humain ?
L’alternative ne se pose pas en ces termes. Le vrai se découvre dès lors qu’on se rappelle que l’homme doit aimer le bien. Il en découle qu’il doit le rechercher
dans les multiples situations de la vie. Il doit pour ce faire utiliser son intelligence, afin d’apprécier la situation, et, comme nous le disions plus haut, se référer à l’expérience des autres,
aux coutumes et aux lois et s’en remettre aux hiérarchies légitimes chargées de veiller au bien commun : c’est une question de prudence. L’homme doit savoir que cet effort moral l’incite à la
réflexion personnelle sans l’exonérer du respect de la loi morale qui lui est transcendante, qu’il n’a pas à fabriquer mais qu’il doit découvrir.
Les codes éthiques
Certaines entreprises n’ont toujours pas compris la leçon de l’échec du taylorisme. Elles continuent de le faire survivre au travers de codes, de règles et de
procédures qu’elles fabriquent sans relâche. Elles offrent à leurs clients, au public, et premièrement à leurs salariés, l’illusion que leur organisation s’est penchée sur la question éthique
afin de définir avec toute la clairvoyance et l’objectivité voulues, des règles de conduite enfin adaptées aux niveaux techniques et scientifiques actuels.
Prenons l’exemple d’un code d’éthique particulier (sans mentionner le nom de l’entreprise concernée afin de ne faire de peine à personne). Le code se résume Ã
cinq règles. Dont la première est l’orientation « tout client » : accorder la priorité aux clients.
Cette règle peut amener l’entreprise à accéder aux désirs des clients, même lorsque leurs demandes débordent l’aspect technique du produit. Par exemple, pour une
commande d’ordinateurs provenant des émirats arabes unis, le client avait demandé que s’affiche sur les écrans, à chaque mise en service, ‘Allah Akbar !’ Satisfaction lui fut donnée.
Ce que le fabricant (européen) feint d’ignorer, c’est la signification que revêt son attitude mercantile et pragmatique. Aux yeux du client arabe, qui, en bon
musulman, fait cinq fois la prière par jour, les Européens sont considérés comme des chrétiens sans foi véritable ni profondeur humaine. Le fait de leur faire concevoir un programme qui affiche
automatiquement ‘Allah Akbar’ sur l’écran d’ordinateur est une preuve de leurs convictions évanescentes, une preuve que leur religion est sans portée, parce que fausse. Nous savons combien, Ã
l’heure de l’œcuménisme, de la religion d’Assise et de Sant’Egidio, il est devenu difficile de faire comprendre à nos contemporains ce point pourtant essentiel. Ils y voient un aboutissement
historique : Adam Smith (1723-1790) ne réclamait-il pas, déjà à son époque, la liberté de cultes pour toutes les religions, attendu que les hommes de toutes confessions sont appelés à commercer
entre eux ?
Nouvelle évidence de la mentalité moderne : la religion, comme la morale personnelle ou la politique, se conçoivent comme des instruments au service du
commerce. Voilà en substance l’éthique dont certaines entreprises font bruyamment profession. Voilà le cœur du sujet.
Le mondialisme conforté par l’éthique ?
Une responsable de la même entreprise nous explique dans le but de conforter cette mirobolante ''éthique en cinq points'', que lors d’une de ses missions en Inde,
elle avait été fortement marquée par ses interlocuteurs qui professaient ‘the respect for the individual’.(En anglais dans le texte, parce que le français est sans soute incapable de traduire une
telle notion). Après avoir revérencieusement fait mention du Mahatma Gandi, notre responsable à l’international conclut ainsi son propos : « Cette anecdote met en évidence l’importance
encore accrue de cette dimension dans nos relations avec nos clients, prospects et partenaires. N’essayons pas d’imposer nos certitudes, mais prenons le temps d’écouter, de comprendre pour
être reconnus, non seulement pour nos talents techniques, mais aussi pour notre respect du client »
Responsables Ethique ou police de la pensée ?
Toujours dans la même entreprise, on investit dans l’éthique en nommant des ‘responsables Ethique’: « Des responsables décentralisés, appelés responsables
Ethique, sont nommés au niveau de chaque Business Group … ils ont pour mission de répondre aux questions posées par les employés confrontés à un problème d’application du code
d’Ethique. »
La hiérarchie ne suffit-elle donc pas à cette tâche ? En fait, les responsables Ethique sont pris hors de la hiérarchie et constituent une hiérarchie
parallèle. Le code mentionne qu’ils ont l’obligation de respecter « une stricte confidentialité sur les questions personnelles. » Sans doute pour attirer plus facilement les confidences. Mais le
code précise plus loin, sans voir la contradiction, que ces responsables ont « le souci d’une totale transparence vis à vis du Secrétaire général et du comité d’Ethique sur les
questions relatives à l’application du code. » Comment concilier transparence et confidentialité ? Mystère éthique ?
Par ailleurs, le Comité d’Ethique « peut procéder aux investigations sur d’éventuels manquements aux règles éthiques du groupe. Les rapporteurs peuvent avoir
accès à l’ensemble des informations détenues par le groupe, et peuvent se faire assister si nécessaire de collaborateurs pour procéder à leurs audits ». C’est bien connu : plus on est
nombreux à garder un secret, mieux il est gardé.
Le responsable éthique sert à résoudre des problèmes qu’on ne soulèverait pas si on s’en tenait à la morale naturelle.
Pour une conscience personnelle, le recours aux spécialistes d’Ethique, experts patentés désignés par la haute direction, est inévitable dès lors que l’on vit dans
un milieu, certes conventionnel, mais de plus en plus artificiel et mensonger. Le code est limpide, mais trop souvent éloigné des situations de terrain. Prenons le cas d’un client qui n’accepte
jamais sans négociations ni rabais les factures d’un travail qu’il a pourtant commandé en sachant ce qu’il lui en coûterait financièrement. Avec ce client, ce qui se pratique d’habitude, c’est la
négociation et finalement le rabais consenti. Il s’ensuit que les prix annoncés par le prestataire sont artificiellement gonflés en prévision des arguments, des arguties et des rabais Ã
consentir. La fameuse priorité accordée au client par le code éthique pousse à faire ce qui se pratique : la négociation filandreuse. Mais la situation est fausse, puisque les prix sont gonflés.
Le client le sait. Il y voit prétexte à négocier. Il se complaît dans l’interminable palabre et dans le semblant d’un bras de fer. Comment en sortir ? Le recours à ‘l’expert’ permet d’échapper au
dilemme du choix.
On ne devient pas expert éthique en fonction d’une compétence éthique quelconque. Inutile d’avoir des connaissances spéciales en théologie morale. L’expert n’étudie
pas non plus les Textes Sacrés ni les Traditions. Pour sa fonction, il n’existe aucun diplôme ni aucune formation spéciale. Les critères sur lesquels une direction choisit ses Responsables
Ethique importent peu. Le principal est de faire accepter leur existence dans la convention générale de l’entreprise. Tout le monde souhaite qu’il y ait une convention et tout le monde souhaite
pouvoir tirer parti du responsable éthique pour certains choix délicats. Libérer l’homme du ‘risque de pécher’, en réunissant les consciences sur un code, telle est l’illusion éthique du
management.
Au premier abord, le code d’éthique semble offrir plus sûrement que la religion la plus laxiste, l’assurance de l’absolution pour tous les choix difficiles et
douteux. Il permet un temps d’entretenir l’illusion de croire le travail moral terminé. Il semble que l’expert puisse faire disparaître le dilemme moral. Illusion éphémère, car le responsable
reste responsable. Il est jugé sur les résultats. Il ne peut donc trop consentir de rabais à son client malhonnête ; il ne peut le laisser se délecter trop longtemps dans les délices des
négociations sans objet. Si le responsable ne perçoit pas la dure loi des faits économiques, ses supérieurs l’astreindront à des contrôles plus rapprochés. Il devra rendre compte de ses faits et
gestes et justifier son travail non seulement devant le client mais aussi devant son patron. Les contrôles et les demandes d’améliorations permanentes vont s’avérer beaucoup plus tyranniques.
Devant une telle situation, le responsable éthique ne sera plus d’aucun secours…
De l’éthique au contrôle et du contrôle à la délation
Plus largement, le responsable éthique est une variante du dispositif « d’alerte professionnelle » que mettent en place de plus en plus d’entreprises. De quoi
s’agit–il ? De la possibilité accordée à tous les salariés de dénoncer anonymement par écrit ou par téléphone, auprès de leur employeur, les actes réputés répréhensibles commis par leurs
collègues ou leurs supérieurs. Ce système voit le jour principalement dans les filiales françaises d’entreprises américaines, lesquelles sont obligées, depuis 2002, d’instaurer officiellement
cette « organisation » (Loi Sarbanes-Oxley). Nous retrouvons ici la manie du contrôle propre aux sectes protestantes. Bien sûr, l’application donne lieu à certains dérapages. C’est
ainsi que le tribunal de Libourne a demandé à une entreprise de retirer son dispositif (référé du 15 09 05) au motif qu’il présentait un risque de dénonciations calomnieuses. Mais quelle
différence doit-on faire entre le système Sarbanes-Oxley et les codes éthiques prévoyant la nomination de responsables Ethique auprès desquels toute personne peut venir s'épancher ? Dans l’un et
l’autre cas, n’avons-nous pas affaire à des systèmes de délation organisée ?
Quand tout le monde surveille tout le monde, l’esprit de secte est déjà là . La délation au nom de l’éthique ? Telle est l’illusion du management.
L’éthique dans le management procède de l’esprit moderne qui a engendré le management lui-même : nous voulons parler de ce projet d’apprenti thaumaturge qui
voudrait tout contrôler pour refondre le monde à la mesure des désirs de l’homme, à la mesure de sa liberté, laquelle défie les lois naturelles. Bien sûr l’homme n’y arrive pas : il ne peut
changer ni la création, ni la condition humaine, ni la loi naturelle. Mais ses efforts ne sont pas sans effets : ils provoquent d’abord l’illusion, puis la tyrannie.
Michel Tougne
1. Ce que nous affirmons là contredit bien des auteurs. Eric Berne, par exemple, dans son livre Que dites-vous après avoir dit
bonjour ? tente de démontrer que l’effort de la relation consiste à quêter des signes de reconnaissance. D’autres approches psychologisantes décrivent des mécanismes de relations inspirés de
la cybernétique. Certes, avec de telles méthodes, le problème moral, (i. e. : le discernement entre le bien et le mal), devient incompréhensible. Dès lors qu’on modélise la relation humaine sur
un schéma d’ordinateur, la morale perd toute signification.
2. Discours sur la conscience chrétienne comme objet de l’éducation 23 mars 1952
3. Ce qui va à l’encontre de la philosophie de J. J. Rousseau qui accordait à l’homme une sorte d’infaillibilité : « Conscience,
conscience, instinct divin »
4. Documents en possession de l’auteur.
5. Souligné par nous. Ce document est en possession de l’auteur. Ce discours signifie : « oublions nos attaches chrétiennes. Prenons
des leçons chez le Mahatma Gandi ». Faut-il donc aller en Inde pour savoir qu’il faut res-pecter son prochain ? La religion catholique enseigne plus que ‘the respect for the individual.’ Elle
prescrit de donner l’exemple devant tous pour ne scandaliser personne et pour que le païen, à l’heure où la grâce le visitera, puisse glorifier Dieu. Mais ce programme suppose qu’on n’oublie pas
‘ses propres certitudes’.
5. Business Group en anglais peut se traduire par Centre de Profit, ce qui détone un peut dans l’ambiance ‘éthi-que’. On
préfère laisser l’expression en anglais.
6. Pour l’instant, les entreprises voulant se doter d’un tel dispositif d’alerte doivent adresser à la Cnil (Commission nationale de
l’informatique et des libertés) une déclaration selon laquelle l’entreprise s’engage à respecter le cadre de conformité défini par la Cnil
7. Cf. A. M. Paganelli, Les procédures ISO ; et Nécessité de la doctrine sociale.
Par ICRES
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