Le relativisme dans la communication moderne d’une part, le changement et la stratégie de consensus d’autre part, sont les colonnes de de la subversion des esprits dans l'entreprise.
Quand on parle de subversion, on se réfère spontanément aux menées de quelque syndicat gauchiste menant des actions de sape et de désorganisation. On n’imagine pas que la subversion puisse venir des directions et soit institutionnalisée au point d’être servie dans le moindre stage de formation à la communication. Pour établir ce fait, d’une très grande gravité, il fallait des preuves, des documents et des témoins. Nous livrons ici un exemple de travail fait en cercle.
Nouvelle communication et relativisme
Exposons d’abord la thèse moderne actuelle sur la communication. « Communiquer sert, dans l’entreprise, à transmettre des directives ou des informations, émettre des avis, prodiguer des avertissements ou des conseils, etc. Il importe que les interlocuteurs se comprennent, or, ce n’est pas toujours le cas. Surtout dans certaines matières sensibles, telles que les « valeurs » dans l’entreprise, les interlocuteurs sont souvent en désaccord. Par exemple, faut-il encourager la sous-traitance ou l’embauche de personnel ? Cette incompréhension est la principale source des conflits. »
D’où vient cette incompréhension ? Les écoles modernes de communication répondent : de la manière dont nous percevons le monde extérieur. L’incompréhension vient principalement du « cadre de référence » dont voici une définition tirée d’un document de stage. « Le cadre de référence est l’ensemble des données culturelles et psychologiques conscientes ou inconscientes qui déterminent et conditionnent la perception des réalités pour un individu. (Vécu personnel, culture, groupe d’appartenance, traditions, etc. déterminent en effet nos paroles, nos actes, prises de positions, besoins, principes, etc.) »
De ce cadre de référence différent pour tout le monde, « découlent nos styles de communication et nos idées, la tendance à évaluer les autres en fonction de notre propre système de références, la perception d’autrui a travers le prisme déformant de nos attitudes et de nos habitudes. Dans la communication s’en suivent blocages déformations et refus de communiquer ».
L’enjeu
Présenter ainsi la communication et la relation interpersonnelle est une grave erreur. Il ne s’agit évidemment pas de nier que l’incompréhension puisse exister entre deux interlocuteurs. Ni même de nier que la manière de concevoir la vie entre un catholique grec et un mormon américain diffère grandement. Le vrai est que les cadres de référence sont ou bons ou mauvais. Sans doute jamais entièrement bons, ni jamais entièrement mauvais ; sans doute perfectibles, mais en tous cas, plutôt bons ou plutôt mauvais. Parler des cadres de référence comme le font la plupart des théories de communication actuelles, revient à présenter l’erreur sur le même plan que la vérité, à nier qu’il y a une vérité. Derrière la question du cadre de référence est posée la question de la valeur de la civilisation.
Le relativisme détruit l’homme et la société
Enseigner que le cadre de référence est un obstacle, un piège, un filtre qui nous empêche de communiquer avec l’autre, c’est poser un acte subversif radical, dans la mesure où il s’attaque à la racine de la pensée humaine.
Certains exercices viennent étayer l’affirmation relativiste. Qu’il s’agisse de l’image de Boring, (présentant dans un même dessin un visage de femme jeune et un autre visage de femme âgée) ou du cube de Necker, (qu’on dessine avec toutes ses arrêtes en traits pleins et de même grosseur ; le cube pouvant ainsi paraître indifféremment orienté plutôt à gauche ou plutôt à droite ), il n’y a là rien qui puisse réellement fonder une théorie. Mais pour réagir, encore faut-il avoir quelques notions de philosophie réaliste, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour notre monde déchristianisé.
De ces illusions d’optique, le sceptique conclut que chacun voit les choses différemment et que dans l’entreprise également, chacun voit les situations de son point de vue, avec ses a priori, ses intérêts, ses habitudes, etc. On en déduit que l’homme n’est pas capable de savoir où est la vérité. Il faut donc écouter l’autre, s’efforcer de comprendre son point de vue et, coûte que coûte, se mettre d’accord.
Le relativisme ferme l’esprit, épuise le courage, propage le doute. Or, comme le disent fort justement certains de nos amis : le doute rend idiot.
La communication prônée dans l’entreprise révèle son appartenance à l’idéologie libérale moderne. Le relativisme est le premier poison déversé dans l’âme des stagiaires, qu’il s’agisse de directeurs ou d’employés. Parmi les écoles les plus répandues, l’Analyse Transactionnelle tient une grande place. Elle aussi commence par l’option relativiste. Elle présente l’âme humaine en trois « états du Moi » le Parent, l’Adulte et l’Enfant. (Système P. A. E. ). C’est le Parent qui retient ici notre attention. D. Chalvin et G. Muller écrivent : « Le système P (Parent) est notre mémoire, notre banque de données, notre acquis. Il nous offre les certitudes et les convictions. C’est notre conception du monde et de la vie. Il intègre la culture, les traditions, les normes et les valeurs. C’est l’état du Moi qui se fonde sur la morale et le souci de protection. »
Erreur sur la nature humaine, erreur sur la société. Voici pourquoi. Le « système P » n’est rien d’autre qu’un cadre de référence, censé résulter de l’éducation ou du vécu personnel. Selon l’A.T il inclut la morale. Or, la morale ne se fonde pas sur un vécu, mais sur une nature. Nous comprendrons la distance qui sépare l’A.T de la vérité catholique en revenant à la nature humaine.
Constatons qu’il est difficile de nier l'existence d'une nature propre aux espèces.
L'homme est un être raisonnable qui n’est pas dominé par l’instinct. "Tout d'abord, son inclination la plus spécifique sera de vivre selon la raison. Et puis toutes les inclinations de son être, même celles qui lui sont communes avec les autres êtres de la nature sont connues ou connaissables par la raison comme l'expression d'une loi qui, finalement, est divine, éternelle. Une inclination naturelle connue par la raison n'est plus déterminante. Elle donne lieu à un choix. Elle doit être assumée librement. Elle peut être méconnue, refusée, déviée. Mais ce qui n'est plus nécessité déterminante et aveugle, devient obligation. Le bien se présente comme à faire. Il n'apparaît plus comme seulement comblant et heureux pour le sujet mais comme ayant droit sur lui, comme moral (2). En tant qu'être raisonnable, capable de connaissance, l'homme est guidé par sa conscience. L'obligation, le devoir est ce qui, chez l'homme, tient lieu de guide vers le bien. Le propre de la nature humaine est donc d'avoir accès à un plan moral, par lequel il lui est possible de discerner le bien et le mal. La morale est le propre de l’homme. C’est ce qui exprime le mieux la nature humaine. Le décalogue (i.e. les dix commandements ou la loi naturelle) à été mis par Dieu dans le cœur de l'homme. Certes, cette loi intérieure est obscurcie par le péché originel, ce qui explique la nécessité de l'éducation, de la pénitence et de la mortification. Il n’en demeure pas moins que la morale naturelle est commune à tous les hommes, sauf à penser, par exemple, que les obligations de vérité ou de justice ne concernent pas tout le monde.
L’analyse transactionnelle n’est rien d’autre que la négation de la nature humaine conduisant à l’agnosticisme moral propre à l’esprit du siècle.
Si l’on évacue la morale du management, parce qu’on n’en veut plus, sur quels fondements appuyer une action commune ? Sur une communication égalitaire et réciproque, où personne n’a raison à priori, afin de se mettre d’accord, en dehors de toute question d’autorité. Dans l’entreprise, on veut communiquer, non pour savoir qui a raison, mais pour essayer de se mettre d’accord. Paradoxalement, le relativisme est le premier temps d’un projet de décérébration qui a pour finalité d’ériger une stratégie de consensus.
C’était le second thème de notre cercle. Nous avions à notre disposition les documents distribués dans un stage récent, destiné aux directeurs d’établissement d’un grand groupe. Parmi ces documents, un texte de André Comte Sponville, philosophe moderne spécialisé dans le monde de l’entreprise et dont le principal effort consiste à fonder philosophiquement les comportements économiques actuels. Texte habile, qui revient à nous détourner du désir de faire bien, du désir de nous sortir de la médiocrité. Selon notre auteur, vouloir être quelqu’un de recommandable est suspect de narcissisme. C’est être prisonnier de son image, prisonnier de ce qu’on croit être. C’est être psychiquement malade. Il nous rapporte l’avis d’une amie psychiatre qui estime que « la santé psychique, c’est quand tu acceptes d’être quelqu’un d’ordinaire, quand tu reconnais ta propre banalité, quand tu renonces à ton statut d’exception. C’est pourquoi la santé est si rare : les gens sont bien trop narcissiques. » En bon protestant, l’auteur n’hésite pas à se référer à l’Ecriture pour trouver son argument dans le précepte : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Donc, en inversant le propos, on obtient : « S’aimer soi-même comme un prochain, c’est s’aimer comme n’importe qui (quand le narcissique s’aimerait plutôt comme personne). Or, n’importe qui, c’est exactement ce que nous sommes ! » On est bien loin de la philosophie réaliste, qui nous dit que l’homme tend à devenir ce qu’il EST vraiment, c’est à dire quelqu’un dont les pensées et les actes sont vraiment les pensées et les actes d’un être raisonnable, doté d’une intelligence pour connaître le vrai et d’une volonté pour aller vers le bien. André Comte Sponville cherche à contourner l’obligation morale.
Vient ensuite un texte sur le changement et le mouvement. « Rien n’existe hormis le changement » Le texte pourrait être écrit par Héraclite : « Rien n’est , tout devient, tout se meurt, tout s’écroule ». Il faudra attendre Aristote pour revenir à une vision réaliste des choses. Celles-ci seront vues dans leur nature, c’est à dire dans leur principe de mouvement : l’être humain, aux divers moments de sa vie, est toujours le même être. Le propre de l’enfant est de devenir adulte, etc. Il reste le même, car l’enfant contient potentiellement ce qui fera de lui un homme adulte. Tous les êtres évoluent selon leur nature et jamais un petit canard ne devient un cygne…
Le changement, l’affirmation de l’existence du seul mouvement, est le propre des idéologies évolutionnistes, à partir desquelles il est impossible de fonder la moindre vérité. Mais faire du changement la norme absolue est nécessaire au dernier temps de la stratégie : fabriquer un consensus. Tout change dans l’univers, tout évolue, on ne peut donc pas s’y opposer (ni s’y retrouver). Un texte prend l’image (fortement teintée de spiritualisme new-age) d’une petite vague au milieu de l’océan, toujours en mouvement. Que peut faire la petite vague ? Aller contre l’océan ? Folie ! Elle ne peut qu’aller dans le même sens. Le texte nous prévient : « Le comble, c’est de chercher à rester soi-même, c’est-à-dire s’accrocher à une image de soi à un moment donné, sans évoluer. Etre présent au mouvement, c’est se laisser porter par le courant de la rivière, au début on peut se sentir un peu bousculé, puis on découvre que l’on peut se diriger sans effort dans le mouvement. » Nous avons rebaptisé cette vision « la politique du chien crevé au fil de l’eau. »
Les stratégies de consensus étant prisées par le management moderne, il était inévitable de rencontrer à nouveau sur ce terrain, l’incontournable Analyse Transactionnelle qui a développé ses propres outils. La procédure est un peu toujours la même. 1) détacher les gens de leurs propres convictions, et des principes moraux ; 2) proposer le changement ; 3) aboutir au consensus.
Voici, extraite d’un livre de Vincent Lenhart, protagoniste de l’A.T., une phrase résumant la nécessité de procéder à la phase 1 : « Nous vivons comme des crapauds que nous sommes devenus, sous l’influence néfaste des mauvais sorts jetés par nos parents, lorsque nous sommes enfermés dans nos scénarios. Le thérapeute (3) doit jouer le rôle de la bonne fée qui nous permet de redevenir le Prince qu’en réalité nous n’avons jamais cessé d’être » Question : comment respecter le quatrième commandement et suivre l’analyse transactionnelle ?
Le lecteur comprendra que l’A.T veut que nous changions. Oui, mais en quoi ? C’est très simple. Nous devons choisir la bonne position de vie. L’A.T trace deux axes sécants l’un allant du Moi perçu négativement au Moi perçu positivement (de la position du Crapaud à la position du Prince). L’autre axe va de la vision négative de la vie (perçue comme une vie de Crapaud), à la vision positive de la vie, (perçue comme une vie de Prince). Cela donne quatre possibilités, dont une seule est la bonne.
- La vie n’est pas O.K., je suis O.K. signifie : haine, sadisme, révolte : il faut se faire soigner. (4)
- La vie n’est pas O.K., je ne suis pas O.K. signifie : drogue prison, asile. : il faut se faire soigner.
- Je ne suis pas O.K., la vie est O.K. signifie : désespoir, mélancolie, masochisme : il faut se faire soigner.
- Je suis O.K., la vie est O.K. signifie croissance, évolution, harmonie, santé mentale et engagement. Bref, être d’accord avec tout et avec tout le monde, et de nos jours, très concrètement, être d’accord avec le divorce, l’avortement, l’euthanasie, le pacs, l’homophilie est la seule possibilité. Le reste relève de la médecine psychiatrique.
Telle est la portée du discours totalitaire partout répandu, par l’A.T ou par d’autres écoles. On remarquera que les idéologies rejoignent le bolchevisme sur la nécessité d’envoyer les opposants remplir les hôpitaux psychiatriques.
Relativisme, changement, consensus. C’est le moteur à trois temps. Pour couronner le tout, un participant avait apporté une revue pour cadres dirigeants. En première de couverture : « Oser le changement. » En sous-titre d’un article « Le facteur humain, principal obstacle au changement. » Autre article : « Gagner l’adhésion des cadres. » A l’intérieur de l’article, cette remarque : « Pour permettre le changement, il faut parfois renouveler l’encadrement ». Voilà qui a le mérite d’être clair.
Pourquoi le christianisme a-t-il tant reculé ? La réponse est simple. L’entreprise, sciemment ou inconsciemment, fait cause commune avec l’Université et les Ecoles supérieures. Elle diffuse sans relâche dans le contexte du salariat (qui implique un lien juridique de subordination, ne l’oublions pas), sa culture relativiste, sa culture sociale évolutioniste, sa conception d'un lien social, non pas fondé sur le réel, sur la nature des êtres et des choses, mais sur la convention, sur l'intértet du moment, sur la loi du plus fort etc. Faire semblant de l’ignorer, lorsqu’on a toutes les preuves sous les yeux, c’est conclure dans son cœur un pacte avec le crime.
Antoine-Marie Paganelli
(1) Nous n’avons pas l’intention de résumer ici l’Analyse Transactionnelle. Nous renvoyons le lecteur qui serait intéressé à notre livre Ni Prince ni Crapaud, 1996, 238p., en vente à Icres.(Nous contacter : publicationsicres@tele2.fr) Prix + port : 18 + 2 €
(2) M.J. Nicolas L'idée de nature dans la pensée de St Thomas d'Aquin, Téqui 1974, pp. 37-38
(3) C’est-à-dire Vincent Lehnart
(4) Voir à ce sujet :Chandezon Lancestre : Analyse transactionnelle Paris P.U.F 1993

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